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Premier acte

Peinture


Maude Maris

Septembre 2018

ÉQUINOXES 1
MAUDE MARIS RENCONTRE CAMILLE FOURNET
21 SEPTEMBRE 2018

Les peintures de Maude Maris parlent de sculpture.

C’est pour fabriquer le volume de ses images qu’elle met en place tout un processus de moulages et de mise en scène d’objets du quotidien, augmentés d’une dimension sculpturale par ces manipulations successives.

Par ce procédé de fossilisation accérée, elle reconstitue des visions fantasmées nourries de recherches documentaires allant d’un site archéologique anatolien à des photographies d’ateliers de sculpteurs de la modernité. Elle se façonne ainsi une mythologie personnelle tout en mettant en place un réalisme ambigu.

Face à ces natures mortes non périssables et ces objets embaumés, le regardeur est pris entre l’illusion perspective d’un espace lustré et la difficulté d’identifier leur échelle.

Les différentes étapes de fabrication, moulage, photographie et peinture ont opéré une érosion de l’objet d’origine, lui offrant un pouvoir d’évocation détaché de son premier usage. Il devient alors ouvert à l’interprétation, élément quasi-abstrait qui garde pourtant ses propriétés sculpturales.

C’est dans ces espaces d’artifices que Maude Maris nous engage à éprouver notre regard par une peinture silencieuse habitée d’un léger mystère.

Maude Maris est représentée par la galerie Pi Artworks à Londres et Istanbul. Elle travaille à Paris et expose régulièrement en France (40 mcube à Rennes, Centre d’Art Chapelle Jeanne d’Arc à Thouars, MAMC de Saint-Etienne...) et à l’étranger (New-York, Londres, Rome, Düsseldorf). Ses oeuvres sont présentes dans les collections des Frac Auvergne, Basse-Normandie, Haute-Normandie et du Musée des Beaux-arts de Rennes. En 2010, elle a effectué un post-diplôme à la Kunstakademie de Düsseldorf durant lequel elle a collaboré avec des architectes.

Qu’est ce qui a fait naître l’envie de vous engager dans le projet Équinoxes de Camille Fournet ?

Pour commencer, c’est la rencontre avec Françoise et Jean-Luc Déchery, et leur intérêt pour l’art contemporain. Leur engagement en tant qu'amateurs d'art est de même qualité que celui dont ils font preuve pour leur marque. Cette sensibilité se retrouve dans des préoccupations que nous avons en commun  : l’attention à la matière et surtout cette conception presque architecturale du travail de la maroquinerie portée par les designers d’objets du studio de création Camille Fournet.

Après votre visite à la manufacture, quelles sont les sources d’inspiration qui ont conduit ton travail ?

J’ai proposé l’installation d’une peinture encastrée dans l’un des espaces muraux du magasin. Pour revenir à l’architecture, je conçois celle-ci comme un moulage en creux de nos existences, et mon propre travail pourrait se définir comme l’a fait Dominique Païni par une sorte de « négatif du quotidien », c’est donc assez naturellement que j’ai utilisé pour l’arrière-plan de la toile les reliefs des découpes de cuir, qui sont les traces en négatif du premier geste effectué lors de la fabrication du sac. Pour prolonger cette pensée « en creux », cela me plaît de considérer aussi le sac comme un contenant dont la forme est modelée par la somme des gestes que nous lui imprimons.

Comment décrypter ce tableau ?

La pièce de cuir découpée se confondant par un jeu d’illusion avec le fond du tableau, celui-ci paraît lui-même troué, incisé. Et en réponse à cette découpe témoin des premiers gestes de fabrication, quelques objets pigmentés émergent au premier plan, empreintes de mes propres gestes à l’atelier, traces de matière vivante, ouverts à une lecture plus large de la part du spectateur.

Premier acte, Maude Maris, 2018, 
160 x 130 cm, 
huile sur toile. 
photo : Rebecca Fanuele.

Exposé du 21 septembre 2018 au 19 mars 2019 
à la boutique Camille Fournet 5, rue Cambon. Paris 1er